Henriette de Téhéran

Autoportrait d'Henriette de Téhéran en Niçoise (?).
Autoportrait d’Henriette de Téhéran en Niçoise (?).

Cette artiste naquit à Téhéran le 21 mars 1856 de parents italiens. Son père, Luigi Pesce, était un officier napolitain qui avait participé en 1848-49 à la défense de l’éphémère République de Saint-Marc contre les Autrichiens. Obligé de s’exiler après la chute de Venise, il servit pendant trois ans comme instructeur dans l’armée ottomane. L’évolution de la situation dans la péninsule italienne ne lui permettant pas d’espérer un proche retour dans sa patrie, il s’engagea en 1852, pour dix ans, au service du shah de Perse. En 1855, il épousa à Constantinople, où il avait gardé des liens, une jeune Italienne, Iphigénie Pisani. De cette union naquirent deux enfants, Henriette et Gaston. Durant son séjour à Téhéran, Luigi Pesce s’initia à la photographie. Il a acquis dans ce domaine une renommée internationale, ayant été le premier à photographier les sites archéologiques de la Perse, et ses œuvres figurent dans les plus grands musées. Il mourut en 1864. Il avait 39 ans, sa veuve, 25 ans et Henriette, 8 ans.

Portrait du Docteur Tholozan (style Qâjâr), Feuille: 161 x 114 mm (miniature) - feuille: 319 x 200 mm (montage), entre 1880 et 1890. Encre noire, aquarelle sur papier monté sur une page d'album noire et encadrement rose-orangé et bleu, décorés en or, Legs Jean Pozzi, N° d'inventaire : 1971-0107-0565
Portrait du Docteur Tholozan (style Qâjâr), Feuille : 161 x 114 mm (miniature) – feuille : 319 x 200 mm (montage), entre 1880 et 1890. Encre noire, aquarelle sur papier monté sur une page d’album noire et encadrement rose-orangé et bleu, décorés en or, Legs Jean Pozzi, N° d’inventaire : 1971-0107-0565

Iphigénie, qui percevait une pension du gouvernement persan pour elle-même et ses enfants, resta à Téhéran et se remaria en 1866 avec un éminent médecin français, Joseph Tholozan, qui est considéré comme l’un des pionniers de l’épidémiologie française. Il occupait alors les fonctions de médecin personnel du shah de Perse, poste qu’il conserva jusqu’à sa mort en 1897. Dès lors, Henriette se trouva étroitement associée à la vie de la cour qadjare. Elle épousa le 21 janvier 1872 (elle n’avait pas encore atteint son seizième anniversaire), un Français, Alfred Lemaire, chef de musique militaire détaché à Téhéran par le ministère français de la Guerre, à la demande du shah, pour occidentaliser les formations musicales de l’armée persane. Entre 1872 et 1877, elle mit au monde quatre enfants, dont trois survécurent. Mais l’union ne fut pas heureuse. Elle demanda et obtint la séparation de corps puis le divorce.

Elle rejoignit en 1879 (elle avait 23 ans) sa mère qui s’était établie à Paris. Douée pour le dessin et afin d’assurer son indépendance, elle décida d’entreprendre une carrière de peintre, sous le pseudonyme d’Henriette de Téhéran, marquant ainsi l’intense nostalgie qu’elle gardait de cette ville. Elle suivit d’abord les cours d’une école de dessin de la ville de Paris, rue d’Anjou, où elle obtint plusieurs médailles, puis s’inscrivit à la célèbre Académie Julian où elle eut des maîtres prestigieux, Tony Robert-Fleury, Jules Lefebvre, Gustave Boulanger et l’orientaliste Benjamin Constant. À partir de 1883 et durant une vingtaine d’années, elle réussit à se faire admettre au Salon de Paris, ce qui était loin d’être aisé pour une femme, et se fit connaître comme portraitiste. Afin de parvenir à ce résultat, elle fit preuve d’un courage et d’une détermination sans faille pour surmonter les obstacles que le sexisme de l’époque dressait sur sa route.

 

« La Fiancée du Sultan », pastel d’Henriette de Téhéran, vers 1890.
« La Favorite » ou « Fiancée du sultan », pastel sur papier d’Henriette de Téhéran, signé et daté 1890. Une étiquette de l’exposition originale est collée au dos : « Nice, Société des Beaux arts – 14e exposition 1891-1892 ». Dimensions : 131 x 81,5 cm.

En 1889, elle s’établit à Nice. C’est de cette période que date un pastel orientaliste, intitulé « La fiancée du Sultan », qui s’est vendu à Londres le 22 janvier 2013 pour 6 875 £ puis revendu à Istanbul le 6 octobre de la même année pour 52 000 LT, soit un peu plus de 19 000 €. Cette cote, élevée pour un pastel d’une artiste tombée dans l’oubli, témoigne de la qualité de sa peinture.

En 1893, elle épousa un jeune ‒ il avait 10 ans de moins qu’elle – et impécunieux professeur de lycée provincial, André Bellessort. Disposant d’une certaine aisance financière, elle lui permit de prendre plusieurs années de congés sans solde afin d’effectuer des voyages d’étude à travers le monde : Amérique du Sud, Roumanie, Suède, Ceylan, Japon. Ce fut l’origine d’une carrière d’homme de lettres couronnée par son élection à l’Académie française en 1935. Après douze ans de vie commune, les effets de la différence d’âge se faisant sans doute sentir, les époux décidèrent de se séparer tout en gardant des relations amicales. Henriette conserva jusqu’à sa mort le nom de Bellessort.

André Bellessort in la revue française 1923.
André Bellessort in la revue française 1923.

En janvier 1906, elle acheta le Moulin de la Planche [qui était également son atelier, Ndlr], vaste propriété située à Ormoy-la-Rivière, où elle fit faire d’importants travaux afin d’installer une petite usine hydroélectrique et des bassins de pisciculture, démontrant une fois de plus son modernisme, son esprit d’entreprise et sa capacité à rebondir. Au début de la Grande Guerre, elle se réfugia à Brighton, puis de retour à Ormoy en mai 1915, elle lança une campagne de fabrication de sacs à sable pour les tranchées et elle accueillit en convalescence au Moulin de la Planche une « gueule cassée ».

Dans Le Réveil d’Étampes du 4 octobre 1924, un article intitulé « L’exposition des Œuvres d’Art de la Région d’Étampes » fait mention d’Henriette de Téhéran qui y expose une série de portraits. L’auteur affirme :
« Tête d'Espagnol », une peinture d'Henriette de Téhéran exposée lors de la 13e exposition de la Société des Beaux-arts de Nice, en 1888-89. Dimensions : 76 x 56 cm.
« Tête d’Espagnol », une peinture d’Henriette de Téhéran exposée lors de la 13e exposition de la Société des Beaux-arts de Nice, en 1888-89. Dimensions : 76 x 56 cm. (coll. particulière)

« Toute une série de portraits par Mme Henriette de Téhéran. C’est le nom sous lequel Mme Bellessort, du Moulin de la Planche qui est en effet originaire de la Perse exposait dans sa jeunesse avec succès au Salon de Paris. Notre aimable voisine a repris ses pinceaux pour le Salon d’Étampes avec une peinture à l’huile, Annamite et de fort jolis pastels. Elle entend bien maintenant se consacrer le plus possible à son art favori. […]

Mme Bellessort, dont l’activité se dépense très diversement, fixe avec application, avec vérité, avec habileté, les traits de tous ceux qui veulent bien lui confier le soin de… les immortaliser. Ses pastels valent ses dessins rehaussés et ses dessins aux trois crayons, mais de même qu’on peinture à l’huile nous avons signalé son Annamite, nous indiquons notre préférence pour la Martiniquaise (97). »

Elle ne cessa de participer activement à la vie économique et culturelle de la région d’Étampes et s’éteignit le 23 octobre 1928 à Ormoy-la-Rivière, où elle est enterrée.

Jean Brouste

La « Tête d’Espagnol » n’est pas un tableau connu et nous cherchons à obtenir une estimation de sa valeur. Si vous possédez des tableau d’Henriette de Téhéran, merci de contacter Terre d’Iran. Nous souhaiterions faire l’inventaire de ses œuvres.

Henriette de Téhéran

Date de naissance : 21 mars 1856
Lieu de naissance : Téhéran, Iran
Décédée le : 23 octobre 1928 in Ormoy-la-Rivière, Essonne, Île-de-France, France
Famille : Fille de Luigi Pesce et Iphigénie Pisani
Épouse d’André Bellessort et d’Alfred Lemaire
Mère d’Élise Lemaire
Demi-sœur d’Élisabeth « Élise » Thérèse Eugénie Tholozan et Joseph F. A. Tholozan

Categories: Art

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