Shiraz-Persépolis : quand l’Iran accueillait un festival d’art

Dernière affiche du festival_des_arts de Shirâz-Persépolis (Musée d'art moderne de Paris)
Voir description à la fin de l’article.

De 1967 à 1977, le festival des arts de Shirâz-Persépolis (جشن هنر شیراز) s’est déroulé à Shirâz et Persépolis, Cette manifestation culturelle a accueilli des artistes du monde entier. Elle fut annulée au lendemain de la Révolution islamique.

Pendant 12 ans, le site antique de Persépolis a vu passer des spectacles qui mélangeaient allègrement la tradition persane au travail d’avant-garde d’artistes occidentaux.

Des musiciens tels Iannis Xenakis, John Cage, Gordon Mumma et Karlheinz Stockhausen y ont croisé des musiciens traditionnels balinais, une formation de Radio France, l’ensemble de percussion de Strasbourg, mais aussi Yehudi Menuhin ou Ravi Shankar.

Le festival accueillait d’autre part de nombreux artistes internationnaux, de théâtre traditionnel et de groupe de performance. Peter Brook y crée Orghast en 1971.

Les acteurs iraniens de Brook devant le manoir Bagh Ferdowsi à Tajrish (1971).
Les acteurs iraniens de Brook devant le manoir Bagh Ferdowsi à Tajrish (1971).

Nahal Tajadod est écrivain et traductrice. Elle est née à Téhéran. En 1971, sa maman travaillait avec Peter Brook sur Orghast. Invitée de Zoé Varier dans d’Ici et d’ailleurs, elle se souvient.

Le choix de Shiraz, ville universitaire, et Persépolis, haut lieu de l’histoire de l’Iran, pour accueillir ce festival ne doit rien au hasard. L’impératrice Farah Diba, ancienne étudiante en architecture, souhaitait ainsi mettre en avant la richesse culturelle de son pays. Elle s’est beaucoup investie dans le développement du festival et y a assisté chaque année.

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Voir aussi :
« Chiraz Persépolis E01 » (15 août 2011)

Dernière affiche du festival des arts de Shirâz-Persépolis (Musée d’art moderne, Paris)

Affiche du 12e festival des arts de Shiraz-Persépolis prévu initialement du 3 au 12 septembre 1978, mais annulé Œuvre de Ghobad Shiva 1978 Collection de Ghobad Shiva Affiche (faisant référence au style persan) présentée dans l’exposition Unedited history au musée d’art moderne de la ville de Paris (espace de l’ARC)

Ce festival a été annulé en raison des graves troubles politiques qu’a connus l’Iran à cette époque. Le Vendredi noir eut lieu le 8 septembre 1978. Ces événements font partie des déclencheurs de la révolution iranienne qui mit fin au régime du Shah moins d’un an plus tard. Wikipedia fr.wikipedia.org/wiki/Vendredi_noir_ (1978)

Au musée d’art moderne de la ville de Paris, composée de plus de 200 œuvres pour la plupart inédites en France, l’exposition « Unedited History » offre un nouveau regard sur l’art et la culture visuelle en Iran des années 1960 à aujourd’hui. L’exposition interroge l’histoire contemporaine de ce pays sous forme de séquences : les années 1960-1970, l’époque de la révolution de 1979 et la guerre Iran-Irak (1980-1988), puis de l’après-guerre à aujourd’hui.

Extrait du site de l’exposition Unedited History au musée d’art moderne de la ville de Paris www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-unedited-history « Unedited History Iran 1960-2014 », exposition organisée par le musée d’art moderne de la ville de Paris, résulte d’un important travail de recherche documentaire et artistique. Elle permet de découvrir les arts visuels de l’Iran : peinture, graphisme, cinéma, photographie, installation… de 1960 jusqu’à aujourd’hui sans négliger la période de la révolution et de la guerre Iran-Irak très peu connue en Occident. Le parti-pris des commissaires a été de ne pas exposer les plasticiens iraniens reconnus sur la scène internationale et dont on peut voir facilement les travaux, mais plutôt de faire découvrir des œuvres rarement ou jamais diffusées du fait des changements politiques en Iran.

Ce sont les années de révolution et de guerre qui apportent les plus grands chocs visuels tant par l’intérêt historique des images (photographies, films et affiches) que par leur force et leur dureté. Les photographies de guerre, prises notamment à Khorramshahr, une ville iranienne à la frontière, totalement détruite par la guerre, sont à la limite du soutenable avec ses bâtiments en ruine et les dizaines de cadavres de soldats iraniens jonchant le sol.

Les affiches de la révolution émanant de la gauche étonnent par leur qualité plastique et leur originalité, même si on perçoit les influences occidentales et du constructivisme russe.

Le festival de Shiraz-Persépolis, qui s’est arrêté à la révolution, est très bien documenté lui aussi, non seulement avec les magnifiques affiches produites au cours des années, mais aussi avec les programmes et les photographies des spectacles qui ont eu lieu et auxquels ont participé les grands noms de la culture des années 1960-1970 : John Cage et David Tudor, Merce Cunningham, Maurice Béjart, Hariprasad Chaurasia…

L’exposition se termine avec des œuvres d’artistes iraniens vivant le plus souvent à l’étranger et en particulier en France. On retiendra l’installation de la vidéaste-plasticienne Narmine Sadeg en référence au recueil de poèmes « la Conférence des oiseaux », un classique de la littérature persane ou les peintures et la vidéo de Mitra Farahani compilant les descriptions par des guides différents de la tête coupée de Goliath figurant sur le célèbre tableau du Caravage : David et Goliath, à la galerie Borghèse à Rome.

Jean-Pierre Dalbéra (Wikipédia)

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