Licornes et autres bizarreries : un manuel médical persan du XVIIIe siècle

Les visiteurs de l’exposition actuelle, Harry Potter : History of Magic (Harry Potter : Histoire de la Magie, jusqu’au 28 février 2018) reconnaîtront facilement la licorne et l’auront remarqué telle qu’illustrée ci-dessous, extrait de l’Histoire Générale Des Drogues, Traitant Des Plantes, Des Animaux Et Des Mineraux, (Paris, 1694), par Pierre Pomet (1658-1699), pharmacien en chef de Louis XIV. Cependant ils pourraient être surpris […] d’apprendre que cette gravure avait été fidèlement reproduite dans une traduction persane commandée par Tipu Sultan de Mysore (règne 1782-1799).


Ci-dessus : gravure de Pomet montrant cinq types différents de licornes, y compris le camphur et le pirassoipi à deux cornes.
Ci-dessous : la copie de la BL suivie d’une explication en persan. La corne était apparemment particulièrement recommandée comme antidote au poison.

Le manuscrit de la British Library, Mufradāt dar ʻilm-i ṭibb ou Dictionnaire de la médecine, est une traduction, ou plutôt une paraphrase sélective, de l’Histoire complète et contient des copies presque exactes de toutes les gravures de Pomet, à l’exception de deux scènes. Sans aucun détail quant au traducteur ou à la source, il est décrit sur la feuille volante simplement comme une traduction commandée à la demande de Tipu Sultan (farmūdah az ḥuz̤ūr) et sur une étiquette endommagée, rédigée en anglais, sur la reliure portant la mention « traduit des œuvres européennes — avec de bonnes eaux-fortes. »

Le texte persan, suivant celui de Pomet, est divisé en trois parties, la première contenant neuf livres (kitāb) sur les graines, les racines, les arbres, les propriétés de l’écorce, les feuilles, les fleurs, les fruits, les gommes et les jus. Chaque livre est subdivisé en chapitres illustrés (ṣūrat). La deuxième partie comprend 54 chapitres sur les créatures (ḥayvānāt) et la troisième partie, non illustrée, contient cinq livres sur les minéraux, les métaux, le bitume (gil’hā), les pierres et sur l’utilisation de différentes sortes de terre à des fins médicinales et les colorants.

Chaque section commence par une transcription du terme français et anglais, suivie d’une paraphrase de la description de Pomet. La paraphrase est généralement beaucoup plus courte que l’original, omettant les termes techniques et les sources jugés sans doute non pertinents, et les détails sont souvent légèrement différents. Les illustrations ne sont pas sans rappeler les plantes et les animaux qui figurent dans les nombreuses copies de l’encyclopédie populaire ʻAjāʼib al-makhlūqāt, Merveilles de la création d’al-Qazwīnī au XIIIe siècle. Celles-ci auraient donc bien résonné avec le lecteur qui aurait été familier avec le genre et aurait également apprécié les éléments plus exotiques des descriptions de Pomet pour la valeur du divertissement.

Il existe cependant plusieurs dessins qui n’ont pas d’équivalents dans les traditions arabo-persanes. L’une d’entre elles est une illustration des techniques de momification. Le dessin est accompagné d’un compte rendu détaillé des différentes méthodes d’embaumement et d’une discussion sur les propriétés médicinales et l’utilisation de certaines parties du corps, en particulier le crâne.


Les scènes d’action, qui illustrent les processus de collecte et de fabrication, sont peut-être les plus intrigantes. Dans le dessin ci-dessous, par exemple, nous voyons une ruche, des abeilles qui grouillent et un homme qui « appelle » l’essaim pour le suivre. Au sol se trouvent les cadavres en décomposition d’un lion et d’un bœuf desquels les abeilles se régénèrent spontanément.


La théorie de la génération spontanée, avancée par Aristote et d’autres philosophes anciens, selon laquelle certains organismes vivants étaient créés à partir d’organismes non vivants, était répandue en Europe jusqu’au XVIIIe siècle. Certains insectes, en particulier, étaient censés avoir pour origine la chair putréfiée, bien que cette théorie à l’époque de Pomet était déjà discréditée par les travaux de scientifiques tels que Francesco Redi. Dans son chapitre sur les abeilles, Pomet ne fait aucune mention du lion mort qui figure dans sa gravure (probablement une allusion biblique), bien qu’il se réfère nommément au récit de Virgile (Georgics BkIV : 281-314) de l’« Autogenèse des abeilles » à partir d’un taureau mort citant une expérience contemporaine apparemment infructueuse dans laquelle un taureau a été battu à mort, démembré et ses parties mises dans une boîte avec des trous de ventilation pour encourager les abeilles à se développer. La traduction persane répète tout cela — mais sans faire référence à Virgile !

La génération spontanée est également décrite au chapitre 30 sur les vers à soie :

Chapitre 30 : « En français “Vers a soie” (var ā swā) et en anglais “Silkworms” (varms de soie). Les vers à soie étaient et sont très demandés en France. Quelqu’un qui veut cultiver des vers à soie devrait faire ce qui suit : il devrait nourrir une vache femelle pendant un mois avant l’accouchement sur des feuilles de mûrier et ne rien lui donner d’autre. Lorsque le veau naît, la vache et le veau doivent se nourrir de feuilles de mûrier pendant un mois. Au bout d’un mois, le veau est abattu et chaque bouchée de la tête au sabot, avec ses os et sa chair, doit être mise dans une boîte. Percez des trous dans les quatre coins et gardez la boîte au frais. Alors les vers seront produits…

La culture des vers à soie était l’un des grands intérêts de Tipu Sultan, bien qu’il y ait des preuves suggérant qu’une forme de sériciculture existait à Seringapatam avant la mort de son père Hyder Ali en 1783 (S. Charsley, Tipu Sultan and sericulture for Mysore — « Tipu Sultan et sériciculture pour Mysore »). En 1785 et 1786, Tipu Sultan écrivit à Mir Kazim, son agent à Muscat, pour lui demander de se procurer des vers à soie (Kirkpatrick, Select Letters, pp. 188, 283). Dans une autre lettre de 1786 au Gouverneur du Fort de Seringapatam, il mentionne que des vers sont amenés du Bengale et exprime le désir « de savoir, dans quel genre d’endroit il est recommandé de les garder, et quels moyens sont recherchés pour les multiplier ». Selon Kirkpatrick, une série d’instructions données au ministère du Revenu en 1794 mentionne 21 stations d’élevage distinctes de vers à soie dans tout son royaume.

Cependant, on doute que Tipu Sultan ait jamais expérimenté la sériciculture en suivant les lignes recommandées par Pomet. Tout en témoignant de l’attrait remarquablement universel de la pharmacopée de Pomet, cette traduction doit être considérée plutôt comme l’une des nombreuses tentatives de Tipu Sultan pour se familiariser avec la médecine européenne. D’autres exemples de ce type dans la collection de sa bibliothèque (malheureusement non illustrées) est le Qānūn dar ‘ilm-i ṭibb, une traduction en persan de A Compleat English Dispensatory (IO Islamic 1649) by John Quincy (d. 1722), et le Tarjumah-i firang (IO Islamic 1452), une traduction de The Nature and Cures of Fluxes by William Cockburn (1669–1739).

Ursula Sims-Williams, Conservatrice principale du persan (traduit et adapté de l’anglais : « Of unicorns and other oddities: an 18th century Persian medical manual« ).
CC BY-NC-ND

Bibliographie

Jeune Persane tenant un livre

Femme tenant un livre

Cet album de miniatures et de calligraphie a été compilé à la fin du XIIIe siècle de l’Hégire (XIXe siècle) ou au début du XIVe siècle de l’Hégire (XXe siècle), probablement en Turquie. Les pièces calligraphiques signées représentent neuf différents calligraphes persans, dont Sulṭān ʿAlī al-Mashhadī, Sulṭān Murād al-Ḥusaynī, Muḥammad Ḥusayn, Niʿmat Allāh al-Mashhadī, Muḥammad Aṣghar, Shāh Muḥammad al-Mashhadī et Muḥammad Zamān.

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Les livres de l’Avesta. Les textes sacrés des zoroastriens

Le mazdéisme (religion d’Ahura Mazdâ) ou zoroastrisme (religion de Zoroastre) est l’une des plus antiques croyances de l’Orient. Elle a été professée par les anciens Iraniens et est exposée dans les livres de l’Avesta ainsi que dans les textes pehlevis (moyen-perse), plus tardifs. Cette religion a eu une influence considérable, au point d’intriguer les philosophes grecs et d’influencer les systèmes religieux voisins.

Mais les vicissitudes de l’histoire ont fait que ces grands textes de l’humanité sont peu à peu tombés dans l’oubli. De cette splendeur passée, il ne reste que les modestes communautés zoroastriennes d’Iran et les Parsis de Bombay. Pour le grand public d’Occident, seuls survivent, dans la mémoire collective, les rois mages, dont l’un était iranien.

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Dance en Iran: Past and Present

Dance in Iran: Past and PresentLa danse est l’un des sujets culturels qui sont parmi les plus grands défis en Iran. Culturellement, la danse constitue l’une des branches les plus riches et les plus étendues de l’art, en ayant une longue tradition et une longue histoire. Mais dans l’Iran d’aujourd’hui, la danse est automatiquement considérée comme une question politique, même si les danseurs ne le voient pas de cette façon. En dépit du fait que l’Iran est considéré comme l’un des plus anciens centres de la culture de la danse, elle a toujours fait face à de nombreux défis dans sa longue histoire, en particulier après l’arrivée de l’Islam en Perse.

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Les deux rêveurs

Dans la ville d’Ispahan, en Perse, vécut autrefois un paysan très misérable. Il n’avait pour tout bien qu’une humble maison basse couleur de terre ensoleillée. Devant cette maison était un champ de cailloux, au bout de ce champ une source et un figuier. C’était là tout son bien.

Figuier

Cet homme, qui travaillait beaucoup pour peu de récolte, avait coutume, quand le cadran solaire à demi effacé sur sa façade indiquait l’heure de midi, de faire la sieste à l’ombre de son figuier. Or, un jour, comme il s’était endormi, la nuque contre le tronc de son arbre, un beau rêve lui vint. Il se vit cheminant dans une cité populeuse, vaste, magnifique. Le long de la ruelle où il marchait nonchalamment étaient des boutiques foisonnantes de fruits et d’épices, de cuivres et de tissus multicolores. Au loin, dans le ciel bleu, se dressaient des minarets, des dômes, des palais de couleur d’or.

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L’empereur perse Anushirvan et son vizir

Miniature extraite du manuscrit Khamsa de Mazani

L’empereur perse Anushirvan et son vizir à l’approche d’un village abandonné où ils surprennent des hiboux déplorant le nombre de villages en ruines. Le nom de l’artiste est inscrit dans l’arche, sous les serpents suspendus. Peint par l’artiste Mirak, 946 [1539-1540] (Or. 2265, f 15v). Miniature extraite du manuscrit Khamsa de Mazani (British Library).